13 Juillet 2017.

Entrée en clinique psychiatrique. Encore un peu dans le gaz en sortie de l’hôpital.

Le choc : Walking Dead vs Vol au dessus d’un nid de coucou.

Les gens me font peur.

C’est pour mon bien m’a dit le psychiatre à l’hosto. Je comprends bien qu’il fallait vider le lit une veille de 14 juillet.

Entretien d’arrivée avec une psy. Grande, mince, magnifique, hautaine. Elle me braque d’emblée. Du coup, même pas peur, même pas mal, je ne regrette rien, j’assume. Je pense qu’un gros « FUCK » clignote au dessus de ma tête. Elle le prend mal, je vois son regard agacé.  Ce n’était pas les réponses attendues, conformes. Mais c’est elle le chef : elle me déclare dangereuse pour moi même.

Quartier de haute sécurité, interdiction de sortir, bracelet qui sonne quand je m’approche d’une porte, surveillance toutes les deux heures et fouille des bagages. On me pique tout, jusqu’à mon parfum.

C’est bon, elle a gagné.

 

Je me retrouve dans une chambre sans fenêtre, vieux rose. Même les chiottes sont vieux rose !

Je pleure. Ca ne sert à rien.

Je réalise que là, j’ai merdé.

Vraiment merdé. Je suis allée trop loin. Vraiment. Je ne regrette pas. A aucun moment. Pour la première fois, j’ai osé être moi. Mais il y a des choses qui ne se font pas.

Visiblement.

Seule dans ma chambre, sans bouquin, sans rien, sans contact, sauf toutes les 2h avec une infirmière masquée qui vérifie si je ne suis pas morte.

L’évidence est là.

Claire.

Presque une joie.

ECRIRE !

Bien sûr.

J’ai le temps (enfin ?). Je n’ai même que ça à faire. 

C’est là. C’est évident. C’est ça qu’il faut faire.

La délivrance est là. L’évasion.

Evasion de ce corps détesté, de cette vie trop lourde, de ce sentiment d’être maintenue au sol par un poids invisible, intraitable.

Une envie, une nécessité.

Pas de feuille, pas de stylos, beaucoup trop dangereux pour la saboteuse que je suis.

Alors mon téléphone.

J’ai négocié in extremis pour qu’ils me le laissent. La psy a cédé.

J’écris avec un doigt, lettre après lettre, faute de frappe après faute de frappe. Ça sort facilement. Ça coule, fluide, doucement, comme si j’avais toujours fait ça.

Impossible d’écrire ce que je ressens. Je ne sais plus. Enfermée dans le vieux rose, je n’ai plus de repère, plus de référence. Et puis quel intérêt ? J’ai fait tout ça pour ne plus ressentir, non ?

Alors je décris. Soit factuelle ma fille ! Précise. The right word. Fais marcher ton cerveau encore embrumé. Stimule tous ces mécanismes complètement sclérosés par des mois de déni, de refus de voir, d’accepter que non, ce n’est pas le bon chemin.

Les gens me font peur ? Alors je me lance dans des portraits. je m’attache aux détails, à peindre. Je les apprivoise doucement. Des taches de rousseur, un sourire, une vieille robe… Ils deviennent familiers, presque proches. Je sais maintenant qu’ils m’accompagneront toute ma vie.

 

 

Voilà comment ça a commencé.

L’envie était là depuis longtemps, enfouie sous tout le reste. Elle a pu sortir enfin.

Je l’ai de nouveau abandonnée, mais pas très longtemps. Elle revient frapper à la porte, cherche des opportunités. Je vis avec cette envie d’écrire, ne sachant pas trop quoi en faire.

Juste un plaisir, pourquoi pas ?

Mais non, moi  la discrète, la timide, j’ai très envie qu’on me lise.

Quand j’écris, je n’ai pas de pudeur. Tout sort tellement naturellement.

Ma petite voix me dit que ça n’intéresse personne. JE M’EN FOUS.

Cet atelier est là pour m’aider à explorer cette envie qui ne me lâche pas. Il n’y a pas d’objectif. Juste une recherche d’un plaisir, d’un moment pour moi. Bizarrement je n’ai pas de doutes. Quand j’écris, je sais…. je suis sûre. Moi qui ploie sous un syndrome de l’imposteur gargantuesque , qui m’avale toute entière. Quand j’écris non. Je sais. Je suis sûre.

Alors l’intention est toute simple : visiter cette dimension où je me sens si bien. Même si mon texte est triste, je n’éprouve pas de tristesse en l’écrivant, je me sens à ma place, alignée.

Fran