L’héritage.

Une richesse, une transmission ou un poids ?

Tout ça à la fois sûrement.

 

Mon père a écrit tous le jours de sa vie. Sur un carnet en moleskine noir. Toujours le même, année après année.

Il collectionnait les pléiades et les arbres.

Je crois, j’aime croire, qu’il a planté autant d’arbres qu’il avait de pléiades. 400,  500 ? Peu importe….

Aujourd’hui, cet héritage m’envahit, me soutient et me nourrit.

Je ne lirai jamais ses carnets. Ou alors dans très très longtemps, quand la douleur sera supportable. mais est-ce que ce jour arrivera ? Aujourd’hui, 4 ans après c’est impossible.

 Et puis quelle importance finalement ?

 

Ce qui compte c’est l’héritage.

Pendant une grande partie de ma vie, il m’a pesé.

Fille aînée. Enfant chérie. Bonne cocotte. Scolaire, conforme aux attentes quelles qu’elles soient. Je vivais du désir des autres et de leurs projections sur moi. Enfin que j’imaginais qu’ils avaient !

Au fond, une rébellion allumait une petite flamme parfois, mais bien vite soufflée par ma peur de déplaire.

Prépa, concours, école d’ingé, tout ça la boule au ventre.

Partir en Allemagne dans une terreur absolue de l’autre et de sortir de ma maison.

Allez chercher Mémé chaque dimanche dans une maison de retraite qui sent la mort. Moi qui ne supporte pas la  maladie et la déchéance.

 

J’ai l’impression d’être passée à côté de moi pendant toutes ces années. Mon moi se consumait en lisant, en allant au ciné et en écoutant Brel et Bowie. Mais toujours à l’intérieur. Ne rien laisser paraître.

Faire, parce que c’est comme ça.

Ne pas remettre en cause. Ne même pas l’imaginer. Imaginer qu’il y a un autre chemin, plus souriant, plus vert. Mon chemin ?

 

Pourtant l’intelligence est là, la sensibilité aussi.

Pourquoi tout cela a-t-il mis si longtemps à se mettre en place ?

 

“No life” a dit ma soeur une fois. Le terme m’a transpercé. Oui c’était ça , exactement.  Pas une vie, Pas ma vie. Un enchaînement de choses convenues. L’impression de n’être jamais à la hauteur.

La crainte de l’avenir

La crainte de sentir ce poids encore s’alourdir.

 

Pendant toute cette période il se passe de très belles choses. Mais je ne sais pas les vivre pleinement. Je ne les ressens pas. Je survie. Je me conforme. C’est devenu mon seul fonctionnement. La flamme ne s’allume plus. Ou alors je n’y fais même plus attention.

Je rêve d’être déchargée.

Un jour tout explose !

Un jour j’ose !

Un jour je tue ce moi qui n’est pas moi.

 

Je reconstruis doucement. J’ai l’impression d’être tombée du haut de la montagne, mais du côté ensoleillé. Je remonte pas à pas la pente. Parfois je glisse et je redescends un peu. Mais de ce côté-ci, le sentier est recouvert d’herbe. La chute est plus douce. Je ne m’écorche plus.

 

Doucement le point de vue change. La vie est la même, seul l’angle  est modifié. Mes proches sont les mêmes, seul mon regard a changé.

 

J’ai l’impression d’avoir errer en dehors de moi même.  Longtemps …

D’avoir essayer d’être ce que je ne suis pas.

Comme je suis endurante, ça a duré très longtemps. Très très longtemps.

 

Mon héritage ce sont des livres et des arbres. Ma richesse et ma force.

Je prends, oh oui je le veux, je le revendique, je le crie.

Il ne me pèse plus.

 

Et puis il y a moi. Unique. Belle. Forte. Puissante.

Fran