Dommage qu’elle soit si grosse….

 

Cette phrase je l’ai entendue dans la bouche d’une vieille dame qui parlait de moi à sa fille. Elle pouvait penser que je ne l’entendais pas. Ou pas !

Voilà je suis grosse. J’ai 50 ans et ça fait bien 40 ans que je suis grosse. Plus ou moins selon les périodes de ma vie, mais ça fait 40 ans qu’il n’y a pas une seule journée où je ne pense pas que je suis grosse. Et devinez quoi ? Quand je pense à cette “grossitude” (je sais ce mot n’existe pas ☺ ), à cet état de grosse, je me sens mal. Pourquoi ? Parce qu’être gros c’est mal !

C’est hors norme,

c’est non conforme au référentiel corporel,

c’est ne pas correspondre à l’image attendue,

c’est ne pas avoir de volonté,

c’est être incapable de maîtriser son corps,

c’est le regard des autres, le regard de la vendeuse dans un magasin de fringues,

c’est se sentir mal au cinéma car le siège est trop étroit, voire, ne pas y aller du tout,

c’est avoir des compulsions alimentaires, se dégoûter d’y céder.

 

J‘arrête là, mais la liste est sans fin.

Dites moi que vous n’avez jamais pensé une de ces affirmations. Je ne vous croirai pas. Je ne vous juge pas. Non très loin de là, j’étais la première à penser toutes ces choses. J’étais la première à penser qu’avec un peu de volonté j’allais maigrir. D’ailleurs il y a quelques mois je postais encore un article sur mon dernier régime en cours !!

Régimes

J’ai suivi mon premier régime à 15 ans. Pour le premier, ça a été jackpot, je suis tombée sur un médecin qui m’a prescrit de l’Isoméride. Le traitement venait de sortir. C’était un coupe faim fantastique et accessoirement, une amphétamine. J’étais en première. J’ai perdu 10 kg et cartonné à mon bac français. L’isoméride a été interdit en 1997 et s’en est suivi un certains nombres de procès.

Après ce démarrage en fanfare, j’ai enchaîné les régimes et les prises de poids de plus en plus élevées. Classique. On voit ça partout. 

A chaque fois, j’y crois. A chaque fois, je paie. A chaque fois, je pense que la personne en face de moi va résoudre mon problème. Pourtant je suis une fille intelligente. Je sais que les magiciennes du poids n’existent pas plus que les licornes. Mais pourtant, à chaque fois j’y crois. Enfin je veux y croire.

Depuis mes 15 ans, une véritable industrie du régime et de la perte de poids s’est constituée. Partout, on est confronté à des pubs, des photos avant/après, des slogans hyper motivants, des témoignages poignants. Tu te dis que toi aussi tu peux le faire, que toi aussi tu as le droit d’être mince. Alors tu sors ta carte bleue.

Non seulement tu sors ta carte bleue, mais ensuite tu brutalises ton corps. Tu l’affames, tu l’épuises, tu le carences. Mais bon, tu as payé, il faut que tu en aies pour ton argent, non ? 

Résultat : tu maigris, vite et mal. Tu grossis, vite et beaucoup. Tu finis par détester ce corps qui n’est jamais comme tu le souhaiterais. Enfin tu as une garde robe dans toutes les tailles allant de gros à très très gros.

 

Sport

En complément du régime, j’ai aussi cédé aux sirènes du sport et de la muscu. Tu sais ces filles fits et bronzées, qui te montrent des photos d’elles quand elles avaient 5 kg de trop. Elles te proposent des programmes, des challenges et tout un tas de photos avant/après (encore !) pour te convaincre de suivre leur programme et d’alimenter leur compte bancaire. Elles vivent dans des endroits merveilleux où il fait toujours soleil. Elle n’ont pas d’enfant, mais beaucoup de paires de baskets. Elles prennent en photos leur p’tit dej, leur chat, leurs altères et surtout leur corps.

Loin de moi l’idée de dénigrer le sport : j’adore ça. Mais tu ne fais pas des abdos  de la même façon à 20 ans qu’à 50. Tu ne bouges pas ton corps pareil à 45 kg qu’à 95 !

Le sport ou l’exercice physique sont indispensables, mais ils ne font pas maigrir.

Une copine à moi est allée s’inscrire dans une salle de sport. Le coach qui l’accueille lui demande pourquoi elle vient et quels sont ses objectifs. Elle lui annonce qu’elle veut perdre 10 kg. Il lui répond que pas de problème, avec le programme qu’il va lui concocter, elle aura perdu ses kilos dans 6 mois. Vous vous doutez de l’issue. Elle n’a pas perdu un gramme et a fini par abandonner la salle. Pourquoi mentir ? Pourquoi ne pas lui dire qu’elle ne maigrira pas forcément, mais que sa motivation doit juste être de se faire du bien, de prendre du temps pour elle. Dans ce cas là, elle est sûre d’atteindre son objectif et de continuer à venir.  A croire que les salles de sport n’ont pas envie qu’on y vienne trop longtemps 😜. Résultat : elle a échoué, son objectif n’est pas atteint et tout cela alimente la machine à « je suis nulle ».

Volonté

Revenons à notre grosse. Et si au lieu de vouloir croire des vendeurs de corps qui n’existent pas, on se posait la seule question importante.

Pourquoi t’es grosse ?

Bon ok, surement parce que tu manges trop. Ça c’est sûr, c’est mécanique :  tu entres plus que tu ne consommes, donc tu stockes. cqfd.

Mais pourquoi tu manges trop ?

Pourquoi tu te remplis alors que tu n’as pas pas faim. Pourquoi tu n’écoutes pas ton corps qui te dit que ça y est, il est arrivé à satiété. Pourquoi tu continues ?

Parce qu’on t’a tanné pour finir ton assiette quand tu étais petite.

Pour te punir  

Pour compenser une reconnaissance que tu ne reçois pas

Parce qu’on t’a fait mal, parce qu’on t’a heurtée, blessée, violée, maltraitée…

Oui, au fait, pourquoi tu manges trop ?

 

Pour moi il y a plusieurs réponses à cette question. Mais il est vraiment essentiel de se la poser et d’y répondre. Mais d’y répondre vraiment, d’aller chercher tout au fond les vraies raisons ! Pas juste de se dire que c’est la volonté qui manque.

 

Quelle volonté d’ailleurs ?

C’est quoi cette connerie de volonté ? Tu crois qu’il n’en faut pas de la volonté pour porter 25 kg de trop ou plus ? Tu te baladerais toi 24h/24 avec un sac de ciment autour de la taille ? Tu tiendrais toute la journée sans déclarer forfait ? Bah, il y a de grande chance que non ! Alors avant de sortir des ya ka, fo ke…. pense au sac de mortier que tu as galéré à sortir de ton coffre et imagine le scotché à toi ! T’arriverais à sortir de ton canapé ? pas sûr !

 

Donc on laisse tomber l’idée que si on est gros c’est juste qu’on n’a pas de volonté. Ok ? Merci.

 

Invisible et protégée

On revient à :” pourquoi tu manges ?”

 

Être gros répond à plusieurs choses :

  • plus tu es gros plus tu es invisible. C’est paradoxale, mais c’est comme ça. Tu n’es  pas standard, alors on ne te regarde pas. Il n’y a pas de vêtements à ta taille, toute la com’ et les pubs ne te sont pas destinées. Tu n’es pas concernée, tu es invisible.
  • le poids t’aide à porter ta vie, les choses qui te pèsent. Plus la vie semble lourde, plus il faut renforcer les fondations et grossir.
  • le poids crée une distance avec l’autre. Tu te caches, tu te protèges dans ce gros corps. Inconsciemment tu penses qu’on ne va pas t’atteindre.

Alors il faut trouver pourquoi tu te protèges, pourquoi c’est si lourd à porter.

Prendre conscience de ça est déjà un grande étape de franchie. Arrêter de se prendre la tête avec la volonté, les “je suis nulle, je suis grosse”, c’est déjà énorme. Quand tu prends conscience qu’être gros est un dispositif de défense, c’est presque un soulagement. En tout cas, ça l’a été pour moi. J’ai eu l’impression que je pouvais arrêter de me battre et de me faire du mal. La solution n’était pas là. Je n’étais carrément pas sur le bon chemin !

 

Mais le travail est très très loin d‘être fini ! Parce qu’à ce moment là, tu sais aussi qu’aucune fée licorne ne viendra avec sa baguette magique pour résoudre ton problème (du moins pas celui là !) La solution, l’issue pour sortir du corps de cette grosse dame, il n’y a que toi qui peut la trouver.

Il faut aller gratter là où ça fait mal, là où il y a les croûtes et les écorchures. Il faut chercher les causes, les douleurs, qui t’ont fait réagir de cette façon.

Tu ne peux pas sortir de cette situation sans te réconcilier avec toi. Sans vraiment faire la paix avec ton corps. Tant que tu ne t’aimeras pas, tant que tu n’aimeras pas ce corps jusque là détesté, que tu ne le respecteras pas, aucun régime et aucun sport ne te feront maigrir durablement.

 

Réconciliation

Je fais ma maligne, mais je n’en suis pas encore là. La réconciliation, c’est facile à dire !

Mais quand ça fait 40 ans que tu es conditionnée et que tu ne peux pas te regarder dans une glace, ce n’est pas gagné. Cette relation avec mon corps est inscrite dans chacune de mes cellules. J’ai l’impression qu’il me faut aller les reprogrammer une par une. Il faut faire un reset et entrer un nouveau programme. Un programme où je m’accepte, où je fais la paix avec cette petite fille qui n’a pas pu parlé. J’essaie de l’alléger de ses peurs et de ses croyances.

Je capitalise sur tous les super pouvoirs qu’elle a su développer pour se construire. Au lieu de les utiliser pour me faire mal, j’essaie (je dis bien j’essaie) de m’en servir pour grandir, entreprendre et m’aimer.

La grande différence, c’est que je suis sûre d’être sur le bon chemin. C’est long, c’est casse gueule mais c’est par là !

 

Pour finir je te partage en lien une vidéo que j’ai adorée : J’habite dans une grosse dame | Caroline Idoux | TEDxNouméa

 

Si tu veux partager ton expérience, je serai très heureuse d’échanger avec toi.

Fran