Atelier #3 : Le Chemin

Le pitch :

Prends un livre, n’importe lequel, celui que ton intuition te désigne. Ouvre le, pose ton doigt et observe ce mot que t’offre le hasard. Que te dit-il ? Que t’inspire-t-il ? Que te donne-t-il envie d’écrire ? Que tu l’aimes ou pas, ou même s’il te laisse indifférente, laisse-le te guider.

J’ai choisi un bel exemplaire d’A la recherche du temps perdu de Proust parce que j’adore sa reliure (une collection héritée de mon père).

Le mot qui est sorti de cet exercice est CHEMIN.

 

Drôle de coïncidence

En fait non pas une coïncidence, une évidence

Je suis sur le chemin

Le chemin pour me retrouver

Le chemin pour trouver MON chemin, ma voie

Alors ce mot m’attendait dans cette page, bien tranquille,

Pour me dire que je suis en route, en mouvement

Chemin est un mot qui m’accompagne depuis tellement longtemps quand j’y pense

Quand j’étais petite je vivais à la campagne, dans un chemin. Non je n’étais pas une malheureuse sans abris sur le bord de la route. Mais ma maison était située, à l’écart du village, au bord d’un chemin. Au début il n’était même pas goudronné. Tu sais les chemins blancs avec de l’herbe au milieu. L’été les vaches passaient sur ce chemin pour aller au pré et larguaient quelques bouses par ci par là.

On allait faire du vélo dans le chemin.

On jouait dans le chemin.

Tu sais à cette époque… 

où les téléphones portables n’existaient pas

où on partait toute l’après midi dans les chemins sans que nos parents ne sachent rien de notre parcours.

où personne ne s’inquiétait de rien semble-t-il.

où on était libre, insouciant et tout puissant.

où l’été semblait durer une éternité.

Prends un mot sur une page et observe ce mot que t'offre le hasard. Que te dit-il ? Que t'inspire-t-il ? Que te donne-t-il envie d'écrire ? Ce mot c’est CHEMIN. #blogmy50 #ateliercao #chemin #intuition #way

Ce chemin était aussi le chemin du cimetière.

Mais ça n’avait aucune connotation négative pour moi à  ce moment là. La mort n’existait pas. J’ai toujours aimé ce cimetière. Un silence, de l’herbe et des fleurs. Un espace hors du temps. Loin des gens. Je m’y sentais bien.

Aujourd’hui c’est le cimetière où repose mon père : c’est beaucoup plus difficile d’y aller. Depuis qu’il a lâché ma main et que je marche toute seule sur le chemin.

Mais je marche de mieux en mieux.

Ok au début je me suis un peu cassée la gueule, un peu beaucoup même (l’histoire est là)

Le chemin c’est une voie moins droite, moins lisse, pas goudronnée, pas sécurisée. Un lieu plus sauvage, moins standardisé qu’une route. 

Le chemin est bordé d’herbes, de fleurs, d’épines. Ça me fait penser que j’adore l’odeur des fleurs de ronciers les soirs de juin, quand elles ont bien chauffées au soleil toute la journée. Cette odeur sucrée, presque écœurante, du soir d’été.

Il y a une ligne de chemin de fer désaffectée pas très loin de chez moi (tiens, un autre chemin!). Les talus ne sont pas entretenus et quand on passe à côté certains soirs, fenêtres de la voiture ouvertes, ce coin de nature urbaine embaume. Cette odeur me renvoie à chaque fois à ce chemin de mon enfance.

Sur le bord du chemin il y a des lapins planqués dans les herbes, des papillons, des coquelicots. Il y a toujours quelque chose à regarder ou quelque chose qui te regarde, te guette.

Le chemin, il tourne, il zigzague, il n’est pas linéaire. Il surprend.

Parfois il est sans issue, il n’arrive nulle part, il se heurte à un mur.

Parfois aussi il monte, il est difficile, fatiguant, presque décourageant.

Tu passes au bord du vide, tu as le vertige, tu tangues,

et puis il descend, tu te laisses glisser, la vitesse te grise. Tu lâches les mains du guidon, tu voles.

 

Alors ce mot il arrive vraiment bien. Parce que je viens de quitter la route nationale pour le chemin juste à côté.

Il n’est pas sécurisant, ni balisé. Mais il semble tellement plus riche et intéressant.

Le chemin c’est juste ta vie

 

#atelier CAO

Fran

 

Si tu veux lire l’exercice précédent de mon atelier d’écriture, c’est là.

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