Bosse moins !

Il y a quelques semaines mon employeur a décidé que je devais apurer mon compteur d’heures sup. J’ai d’autres collègues dans ce cas et nous sommes tous à la même enseigne. Écluser les heures stockées et ne plus dépasser le quota hebdomadaire pour éviter d’alimenter le stock. That’s all…

Pourquoi ?

Pour notre qualité de vie au travail. Je suis cadre dans une belle et indispensable institution française. Et voilà que notre DRH s’inquiète de nos compteurs.

Cette décision m’a foutue en l’air.

Pendant cette fameuse réunion où l’annonce a été faite et expliquée, où tout le monde s’est senti visé sans être nommé, j’ai eu l’impression de me décomposer. Je me suis liquéfiée sur ma chaise, une colère bien lovée au creux du ventre. Je me sentais comme une enfant à qui on annonce que, non, c’est fini, tu descends du manège, même si tu as encore attrapé le pompon. Cette sensation m’a complètement envahie, débordée, paralysée. Je suis rentrée chez moi avec l’impression d’avoir été mise KO. Hors service.

Mais pourquoi ?

Je me dis que d’un point de vue extérieur, ça doit avoir l’air complètement con. Un employeur qui se soucie de ta qualité de vie, c’est cool non ? Qu’est-ce qu’elle a celle-ci à sur-réagir alors qu’on lui propose des vacances. Un peu tarée la fille, non ? Encore si elle avait le job du siècle, on comprendrait, mais là, non, vraiment pas de quoi se relever la nuit. Alors quoi, prends tes jours de récup ma fille et profite.

Mais non, ça ne marche pas !

 Au jour où j’écris, cette décision a déjà quelques mois et rien n’a changé. Je suis toujours en colère. Un truc s’est cassé dans ma relation avec ce boulot. Je ne comprends pas. Alors j’écris.

Je vais mettre des mots et faire sortir cet alien qui a fait son nid dans un coin de mon crâne ou de mon bide (ça dépend des jours). Je veux transformer l’énergie négative qui me ronge en quelque chose de fort, de puissant, qui m’amène vers une autre lumière. Ok ça fait un peu mystique et dramatique. Rassure toi, je ne suis pas dans une secte ou en mode radicalisation.  Mais je viens de voir la bande annonce de Games of Thrones et je suis à fond dans les grands sentiments épiques et les dragons.😜😜🐲🐉

Donc je me lance en direct devant toi dans un exercice d’exorcisme épistolaire et nécessaire pour définitivement casser la gueule à ce sentiment de mal être professionnel. Comprendre pourquoi ça me rend dingue qu’on m’impose de moins travailler.

Reconnaissance

Bosse moins ! C’est l’injonction. Sans aucun autre complément.

Cela sous entend, au choix, que :

  • ce que tu fais ne sert à rien. Donc fais en moins, c’est pareil !
  • tu pourrais faire la même chose en moins de temps : pas trop efficiente la fille !
  • on ne veut pas savoir ce que tu fais, c’est juste ton compteur d’heures qui nous intéresse.

Quelque soit l’option, et c’est probablement un mélange des trois, donc quelque soit l’option, tu as la case reconnaissance qui commence à clignoter en rouge.

Tu te dis que ton boulot n’est pas apprécié ou mesuré à sa juste valeur : #reconnaissance.

Tu imagines que celui qui te somme de bosser moins ne sait pas vraiment ce que tu fais. Il n’a pas pris la peine de se renseigner sur les contraintes que tu subis. Il voit juste son indicateur “heures de recup” : #reconnaissance

Et le manque de reconnaissance, c’est super dur à vivre. Partout. Dans le boulot aussi. Quelque soit ton poste. Ce n’est pas parce que tu es cadre ou manager ou reine des Andals et des Premiers Hommes (#daenerys), que tu n’aspires pas à une certaine reconnaissance. Tu ne veux pas qu’on te dise “c’est bien ma cocotte”. Non, juste qu’on reconnaisse ta légitimité et ton professionnalisme. Qu’on te calcule, qu’on te check, qu’on valide ton existence pro.

T’es chiante aussi ! Manquerait plus que tu veuilles être payée pareil que ton collègue. Non, mais ….

 

Liberté

 

Quand tu es salariée, tu es dans une relation de subordination : ton contrat de travail te lie à ton employeur. Tu as des droits, des devoirs, toussa, toussa.

Ça, ok, tu l’as intégré depuis longtemps.

Tu es cadre ou manager. Ce n’est pas que le pouvoir te fasse kiffer particulièrement. Tu ne prends pas ton pieds à donner des ordres aux autres (pas du tout même). Tu as juste envie d’avoir un minimum d’autonomie et de latitude dans les décisions que tu prends. En gros, tu es chef pour ne pas avoir d’ordre à recevoir, ou a minima. Je sais que tous les managers ne sont pas comme ça, mais moi si !

Tu as fait ton choix : tu veux être libre de prendre des décisions et d’organiser.

Et là, on te retire un bout de ta liberté. On resserre les menottes. On raccourcit la laisse.

Non mais… on te rappelle que tout chef que tu sois, il y en a toujours un autre au dessus de toi. Donc l’option « soit chef pour ne pas recevoir d’ordre », bah … ça marche pas.

Pourquoi ?

Donc si on synthétise : absence de reconnaissance et amputation d’une partie de ta liberté. Ok, ce sont de bonnes raisons d’être en colère. Mais regarde toi :  tu n’es pas non plus un bagnard enchaîné dans une galère (quoique !). Personne ne t’as frappé ou molesté. Il n’y a pas de type avec un fouet derrière ta chaise de bureau.

Alors pourquoi 6 mois après, tu n’arrives pas à dépasser et digérer cette injonction de récupération d’heures et réduction de ton temps de travail.

Même si ça va à l’encontre de toutes tes croyances sur le travail, ce n’est que provisoire.

Pourquoi tu ne décolères pas ?

Tu en as subi des tas de décisions comme celle là. Ça a toujours fini par se tasser avec le temps.

Je ne comprends pas cette réaction, ce feu qui ne s’éteint pas .

 

Au fur et à mesure que je tape sur mon clavier et que cet article m’accompagne, une idée, une intuition devient de plus en plus prégnante.

Et si, cette mini décision d’une obscure DRH alsacienne était le coup de pied au cul qu’il te fallait.

Et si, cette colère, tu l’amplifiais, tu l’entretenais pour garder la flamme nécessaire pour aller voir ailleurs.

Et si, c’était le déclic que tu attendais, le signe que ton intuition espérait.(encore elle !)

Et si, c’était juste un truc incroyable qui se passait dans ta vie. Un truc qui te donne la force d’envoyer balader ce job où tu n’existes pas, où tu ne peux pas être toi.

J’arrête avec les “et si” c’est lourd à force !

Est-ce que cette histoire d’heures n’est pas un prétexte ? Le truc qui cristallise toute l’insatisfaction d’une vie pro qui ne te correspond pas (ou plus).

Peut être …

Sûrement !

Mais alors, si on prend ce chemin, la suite donne carrément le tournis.

Parce que ruminer et chouiner dans son coin, se faire plaindre, c’est confortable. C’est pénible pour les autres. Mais c’est facile, délétère, mais facile.

Utiliser cette colère pour construire un projet qui te ressemble. Lâcher ta liane salariale pour attraper celle de l’entrepreneuriat. Et bien c’est excitant mais clairement ça te fait sortir de ta zone de confort. 

Alors on fait quoi, on y va, même pas peur ?

 

Tu as quitté le salariat pour créer ton activité ? Si oui, dis moi en commentaire, ce qui a été le fait déclencheur, la goutte d’eau. Je suis preneuse de toutes les histoires.

 

Fran