Le pitch :

Prend une photo. Et laisse ta plume écrire de manière aussi intuitive possible l’histoire que te raconte cette photo.

Une femme

Un visage en lettres.

Une larme.

Le visage couvert d’un foulard froissé.

Elle a des mots plein la tête, de la colère. Elle ne peut pas parler, elle n’a pas le droit de parler.

Ou pire, personne ne l’entend quand elle parle. Elle est seule. Entourée mais seule.

Les yeux sont durs et froids. Le regard est fermé.

Que t’est-il arrivé Samia (tu t’appelles Samia dans ma tête).  Qu’est-il arrivé à la petite fille que tu étais ?

Tu es forte, tu es intelligente. Mais ça ne compte pas. Ce n’est pas important. Tu veux écrire, tu veux chanter, tu veux que tes mots sortent. Tu veux être entendue. Tu veux exister.

Mais ils s’en foutent. Ils ne te voient pas. Ils ne t’endendent pas.

TU ES INVISIBLE. 

Qui ?

Tes parents, tes profs, tes collègues de boulots, enfin les autres … le monde.

Tu te sens enfermée à l’intérieur de toi. Tu n’y arrives pas. Ça ne veut pas sortir. Tu as essayé, mais la voix est faible, atone. Dans ta tête tu hurles, mais quand ça sort de ta bouche ce n’est qu’un petit filet tout ténu et fragile. Il se brise sur le moindre obstacle, le premier regard. Alors tu gardes ton cri pour toi. Mais le cri s’amplifie, il gronde en toi, il veut sortir. Il ne veut plus être enfermé et contenu. Tu le sais bien, mais quoi faire de cette rage qui vrille ton ventre ? 

Tu es en permanence sous ce voile qui te cache mais te protège aussi. Tu finis par le trouver confortable ce voile, douillet. Il est si facile de s’y réfugier pour fuir l’indifférence des autres.

Sous ton voile tu peux tout. Tu es tout. Tu peux rêver de tout ce que tu veux car sous ton voile c’est possible. Tu es drôle et spirituelle. Tu es belle, tu es amoureuse, tu es en vie.

Plus le temps passe et plus tu t’y réfugies. Tu tentes de moins de moins de sortir. C’est tellement dur dehors. Les regards que tu imagines sur toi dans la rue, au boulot, en famille, partout. Pourtant tu crois au fond de toi que tout le monde s’en fout de toi. Tu le sais. Tu es la fille dont on ne se souvient pas du nom ? Tu sais sur la photo de groupe. “Ah oui elle était là elle. Je ne me souviens jamais de son nom. D’ailleurs je ne me souvenais plus qu’elle était là”.  La discrète, la timide, l’inexistante. Tu t’en es convaincue en tout cas.

 

Tu es tellement convaincue que tu n’essaies plus.Tu gardes tes mots pour toi. Tu les cultives bien au chaud sous ton voile.

Et ils poussent, ils grandissent, ils finissent par tout envahir comme une jungle. C’est un énorme méli mélo de lianes et de branches dans tous les sens, des fleurs magnifiques et des fruits, parfois toxiques. Tu fais comme si ça n’existait pas mais la jungle continue de grandir et de t’envahir. Tu as beau la tailler régulièrement, parfois même la couper au pied, elle repousse encore plus fort. Elle fait des rejets de partout, elle se renforce et repousse sans cesse les limites dans lesquelles tu essaies de la contenir.

Elle finit par te faire mal, elle prend trop de place. Elle t’étouffe de l’intérieur.

 

Alors sors de sous ce voile, Samia ! Tu ne veux pas te montrer, pas grave, pas obligé surtout.

Mais laisse sortir la jungle qui gronde en toi.

Crache la, hurle la, vomi la !

Au lieu de t’épuiser à la retenir, lâche tout. Autorise toi.

Au début ça fait mal, ça écorche un peu ici et là.

Ensuite tu vas apprendre à la connaître, à vivre avec et à la domestiquer. Un peu.

Ce sera long. Tu te tromperas de chemin. Tu te casseras la gueule quelques fois mais quel kif !

Deviens toi et tu seras visible.

 

Fran

 

Si tu veux lire l’exercice précédent de mon atelier d’écriture, c’est là.